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mercredi 15 juin 2011

Des nouvelles / Some News

Ce mois ci, nous voulions vous donner quelques nouvelles de l’orphelinat, et de notre action.

Découverte du Tangram

Après des examens réussis, les petites filles ont déjà repris le chemin de l’école, et tout se passe bien pour elles. Il y a une nouvelle, Adoni. Prema a un peu hésité avant de l’accueillir, une nouvelle addition n’était pas prévue et Adoni est beaucoup plus âgée que les autres, elle a déjà 12 ans. Toutefois, c’était une situation très difficile, et Prema n’a pas eu le cœur de refuser. Elle commence à s’adapter à sa nouvelle vie, ce qui est encourageant. La santé des filles, qui était un problème récurrent jusqu’à récemment, n’est plus une source d’inquiétude aujourd’hui, espérons que cela dure !

Aujourd’hui, nous soutenons l’orphelinat de diverses façons. La première est l’envoi régulier de dons, que nous collectons en France principalement, et qui permettent à Prema d’avoir une certaine sûreté financière. Après avoir commencé à 400 euros par trimestre il y a deux ans, c’est aujourd’hui 1400 euros que nous pouvons envoyer tous les trois mois ! Nous remercions nos donateurs, toujours plus nombreux, il est en effet crucial de pouvoir garantir à l’orphelinat une stabilité financière de long terme, et c’est ce que nous sommes aujourd’hui capables de faire. Outre ce soutien régulier, nous finançons aussi des projets « d’infrastructure » ponctuels, comme l’achat d’un chauffe-eau au biogaz, pour les douches de l’hiver, laver le linge ou faire la vaisselle.

Démonstration du chauffe-eau, qui fait la joie de l'orphelinat
Nous essayons aussi de participer à l’amélioration de la qualité de vie des enfants, et à leur ouverture sur le monde en envoyant des volontaires à l’orphelinat, ou en développant des projets spécifiques comme celui d’éveil par le jeu. Cet été toutefois, il n’y aura probablement pas de volontaire Siwol, car de nombreux volontaires de différents pays viennent à l’orphelinat, et les fillettes ayant école tout l’été, il n’est pas raisonnable de les « surcharger » d’activités diverses. Enfin, nous soutenons Prema dans ses projets d’établir des relations avec d’autres organisations indiennes, de fonctionner en réseau, et de « professionnaliser » au maximum sa gestion de l’orphelinat afin de pouvoir prétendre à des fonds de l’Etat indien.

Les cordes à sauter, un autre jeu arrivé à l'orphelinat, grâce à notre partenariat avec Chemins d'Enfance
Pour tous ces projets, nous sommes redevables à tous nos donateurs, réguliers comme ponctuels. Un grand merci à vous tous !


Some news… 

We wish to provide you information on our orphanage and give you updates on our activities this month.


After successfully completing their exams, the little girls are already back to school and everything is going well for them.  There is a new one, Adoni. Prema was a little hesitant before accepting her. A new admission was not envisaged and Adoni is much older than the other girls; she is already 12 years old.  It was a very difficult situation, and Prema did not have the heart to refuse. Adoni has begun to fit into her new life, which is encouraging. The health of the girls, which was a recurrent problem until recently is not any more a source of anxiety; let us hope that it lasts!

Today, we support the orphanage in various manners. The first one is the regular dispatch of donations, and most of them are from France; this allows Prema to have some amount of financial safety. Having begun with 400 euros quarterly, two years ago, it is today 1400 euro which we can send every three months! We thank our donors, always numerous; it is important to be able to guarantee in the orphanage a financial stability of long term, and it is what we are today able of achieve. Besides this regular support, we also finance projects as the purchase of a water-heater in biogas, for the showers in the winter, to wash the linen or to do the dishes.

We also try to participate in the improvement of the quality of life of the children, and in their opening to the world by sending volunteers to the orphanage, or by developing specific plans as that specified in the game. This summer nevertheless, there will probably not be any Siwol volunteer, because numerous volunteers from different countries come to the orphanage, and the little girls having school all summer long, it is not reasonable to overload them with various activities. Finally, we support Prema in the plans to establish relations with other Indian organizations, to work in network, and to professionalize its management of the orphanage so as to be able to raise funds from the Indian State.


For all these projects, we are indebted to all our donors, who are punctual. Thank you very much to you all!

lundi 16 mai 2011

L’école et l’orphelinat

Nous voudrions revenir sur l’une des choses qui nous donne le plus de satisfaction, à savoir la facilité avec laquelle la grande majorité des petites filles s’est intégrée à l’école, et semble prendre du plaisir à l’école. Et par la même occasion, nous voulions revenir (rapidement) sur le système éducatif indien.

Comme vous pouvez le voir, l'uniforme est de mise en Inde

L’Inde est connue pour l’excellence de son système d’éducation supérieure, et il est vrai que les universités y sont de très bon niveau. Malheureusement, depuis l’indépendance en 1947, le développement de l’éducation au niveau primaire n’a pas été aussi satisfaisant. Les économistes Jean Drèze et Amartya Sen ont montré que malgré un investissement important de l’Etat dans l’éducation (environ 11% du budget), il n’a pas été possible de créer un système fonctionnel d’éducation primaire, notamment en zone rurale ; que ce soit en amenant les parents à inscrire et envoyer leurs enfants à l’école, mais aussi en ayant des enseignants de bonne qualité (et présents dans les classes). De ce fait, seuls 63% des adultes sont alphabétisés (Banque Mondiale), et la situation est pire pour les filles (50,3% en 2000), même si leur alphabétisation progresse aujourd’hui plus vite que celle des garçons. On explique souvent cela par la moindre valeur des filles pour les familles, qui ne voient pas l’intérêt de les éduquer. Toutefois, une autre raison est que, surtout quand elles grandissent, les filles peuvent être victimes de harcèlement dans les transports, et les parents souhaitent donc les protéger. L’éducation des filles est d’ailleurs une des priorités du gouvernement indien, qui a aussi passé une loi en 2009 visant à systématiser la scolarisation jusqu’à l’âge de 14 ans.

Depuis leur arrivée à l’orphelinat, les petites filles sont scolarisées en maternelle dans une école « en anglais », à côté de la maison. Leur langue maternelle est le kannada, mais le fait d’être dans une « English Medium School » peut être considéré comme indispensable pour qu’elles aient accès à un enseignement de bon niveau et qu’elles puissent suivre des formations poussées plus tard. Les formations post-bac sont d’ailleurs quasiment toutes en anglais. En Inde, nation multilingue, l’enseignement peut soit être fait principalement en hindi (langue nationale), en anglais (langue officielle supposément transitoire) ou dans la langue de l’Etat (l’Inde étant une fédération, chaque Etat peut avoir sa ou ses langues officielles, choisies dans la liste des langues dites constitutionnelles). Mais quelque soit la langue, le curriculum reste le même, et dans toutes les écoles l’apprentissage de l’hindi et de la langue officielle de l’Etat (ici le kannada) est obligatoire. Comme au moins 30% des écoliers indiens, les filles sont scolarisées dans une école privée, car le niveau de l’école publique est très mauvais (enseignants absents ou ne faisant pas cours, bâtiments en très mauvais état, etc.).

L’Inde est connue pour l’excellence de son système d’éducation supérieure, et il est vrai que les universités y sont de très bon niveau. Malheureusement, depuis l’indépendance en 1947, le développement de l’éducation au niveau primaire n’a pas été aussi satisfaisant. Les économistes Jean Drèze et Amartya Sen ont montré que malgré un investissement important de l’Etat dans l’éducation (environ 11% du budget), il n’a pas été possible de créer un système fonctionnel d’éducation primaire, notamment en zone rurale ; que ce soit en amenant les parents à inscrire et envoyer leurs enfants à l’école, mais aussi en ayant des enseignants de bonne qualité (et présents dans les classes). De ce fait, seuls 63% des adultes sont alphabétisés (Banque Mondiale), et la situation est pire pour les filles (50,3% en 2000), même si leur alphabétisation progresse aujourd’hui plus vite que celle des garçons. On explique souvent cela par la moindre valeur des filles pour les familles, qui ne voient pas l’intérêt de les éduquer. Toutefois, une autre raison est que, surtout quand elles grandissent, les filles peuvent être victimes de harcèlement dans les transports, et les parents souhaitent donc les protéger. L’éducation des filles est d’ailleurs une des priorités du gouvernement indien, qui a aussi passé une loi en 2009 visant à systématiser la scolarisation jusqu’à l’âge de 14 ans.

Depuis leur arrivée à l’orphelinat, les petites filles sont scolarisées en maternelle dans une école « en anglais », à côté de la maison. Leur langue maternelle est le kannada, mais le fait d’être dans une « English Medium School » peut être considéré comme indispensable pour qu’elles aient accès à un enseignement de bon niveau et qu’elles puissent suivre des formations poussées plus tard. Les formations post-bac sont d’ailleurs quasiment toutes en anglais. En Inde, nation multilingue, l’enseignement peut soit être fait principalement en hindi (langue nationale), en anglais (langue officielle supposément transitoire) ou dans la langue de l’Etat (l’Inde étant une fédération, chaque Etat peut avoir sa ou ses langues officielles, choisies dans la liste des langues dites constitutionnelles). Mais quelque soit la langue, le curriculum reste le même, et dans toutes les écoles l’apprentissage de l’hindi et de la langue officielle de l’Etat (ici le kannada) est obligatoire. Comme au moins 30% des écoliers indiens, les filles sont scolarisées dans une école privée, car le niveau de l’école publique est très mauvais (enseignants absents ou ne faisant pas cours, bâtiments en très mauvais état, etc.).

A leur arrivée à l’école, la directrice Prema a du plusieurs fois avoir des discussions sérieuses avec l’équipe enseignante. Comme les professeurs savaient que la plupart des fillettes étaient de famille de devadasi, elles ne leur prêtaient aucune attention. En plus de cela le bâton est une habitude d’enseignement encore très tenace en zone rurale, et souvent les filles se faisaient taper sur les doigts pour un oui ou pour un non. La violence de l’enseignement est aussi un des facteurs qui explique pourquoi les parents sont réticents à envoyer leur fille à l’école.

Aujourd’hui toutefois, les enseignants ont radicalement changé leur attitude vis-à-vis des pensionnaires de l’orphelinat : ils s’appuient systématiquement sur les fillettes, et ce dans tous les domaines. Pour les cours (Calcul, anglais, kannada, et autres), elles sont toujours dans les premières et elles tirent le niveau vers le haut. Pour les activités de l’école de type danse, sport ou autres, elles sont très disciplinées et organisées.

L'uniforme blanc, pour les fins de semaine...

Le niveau acquis est très impressionnant pour des occidentaux. Elles savent déjà écrire les différents alphabets (anglais, kannada) et écrire des phrases dans les différentes langues. Elles connaissent bien leurs tables de multiplication, tous les mois de l’année, et ce dès 4 ou 5 ans... La méthode d’apprentissage peut être assez déconcertante en revanche : c’est le règne du par cœur en permanence à l’école. Dans la mesure du possible, la directrice essaie d’amener les fillettes à comprendre ce qu’elles apprennent, par exemple à savoir dire quel mois vient avant et quel mois vient après, ou à savoir les réciter dans l’ordre inverse. Elle est aussi très attentive à leur bien être, et elle n’a pas hésité à faire redoubler une des filles, dont elle sentait qu’elle ne serait pas à l’aise si elle passait dès l’année prochaine (l’année scolaire est finie en Inde) au niveau supérieur.

Au début, les fillettes se tenaient très éloignées des garçons à l’école, beaucoup plus que ce que faisaient les autres filles de leur âge. Elles restent très marquées par leur vécu. La directrice leur a expliqué qu’elles pouvaient sans problème se mélanger avec les garçons et discuter avec eux, qu’il n’y avait rien de mal à cela, et progressivement elles en sont venues à perdre cette crainte et cette distance. Nous sommes donc très fières de voir que non seulement l’école leur permet d’acquérir des savoirs, mais aussi de la confiance en elles, dans les autres, et de se socialiser au sens plein du terme !

samedi 16 avril 2011

Une journée indienne en plein cœur de Paris...

Il flottait comme un parfum d’Inde dans le quartier parisien Pernety le samedi 9 avril. Couleurs vives, senteurs épicées et sons Bollywoodiens : voilà qui pourrait résumer l’ambiance qui régnait au Moulin à Café en cette journée de printemps. Le cadre parfait pour présenter les actions de SIWOL et l’orphelinat Ingrid Neeva Jeevana !

Re-décoré de posters de paysages et de photos de l’orphelinat et des petites filles, le Moulin à Café a offert à tous ses invités un repas digne des restaurants indiens les plus en vue de Paris! Du Aloo tikki au fondant coco en passant par le poulet tandoori masala, le tout accompagné d’un soleil printanier bien agréable, il n’en fallait pas plus pour s’imaginer au pays des mille saveurs !


Du lassi fait maison !

Mais avant que nos convives ne se laissent aller – la digestion aidant – à des rêves de voyage et d’exotisme, l’équipe de SIWOL leur a rappelé l’objet de cette journée : le soutien à l’orphelinat Ingrid Neeva Jeevana, et plus généralement à la condition des femmes en Inde.

Diaporama, photos et films à l’appui, l’objectif était notamment de présenter le travail réalisé à l’orphelinat, mais aussi de parler des petites filles, de l’équipe éducative, et du quotidien à Siruguppa.


Présentation de l'orphelinat par les membres de SIWOL

Et une fois l’exposé théorique terminé, le mieux était encore de planter le décor… Le temps de bouger quelques tables, de sortir épices, saris, cartes de l’Inde et alphabet devanagari : c’est parti pour les ateliers de l’après-midi ! Tandis que les plus gourmand(e)s s’adonnaient à la découverte de senteurs et de saveurs connues ou plus mystérieuses, les plus sérieux tentaient de percer les mystères de la langue hindi.

Sur le chemin des senteurs

Et pendant ce temps, les plus élégantes se laissaient envouter par les couleurs vives et les matières soyeuses des saris. Mais cela ne suffit pas pour maitriser le sari : encore faut-il le draper ! Et pour ce faire : à deux, trois, quatre… on n’est jamais trop nombreux !


Les grandes comme les petites ont trouvé leur bonheur, quitte pour les plus jeunes replier le sari trois ou quatre fois, voire même à utiliser un châle à la place !






Après séances photos et autres défilés au soleil, le temps des emplettes était venu : rose, bleu, noir, doré, violet, les saris venus tout droit de Siruguppa (de la boutique même où Prema achète les tissus pour confectionner les vêtements des petites filles !) ont tous trouvé preneuse !


Sur fond de musique indienne – traditionnelle et moderne –, l’après-midi s’est achevée autour d’un verre de lassi ou de jus de fruit, le sujet de conversation favori étant bien évidemment l’Inde, sous toutes ses coutures : récits de voyages, expériences personnelles ou encore échange de points de vue sur la condition féminine, le développement, le dernier recensement, etc.


Mais les essayages, l’apprentissage d’une nouvelle langue et surtout la découverte des épices : tout cela ouvre l’appétit ! Ca tombe bien, c’était le moment de se régaler avec de la soupe coco-carotte suivie d’une lotte au curry puis d’une salade de fruits !

Enfin, une journée indienne n’en serait pas totalement une sans un authentique Bollywood, avec son lot de drames, de chansons et de danses, mais surtout d’histoires d’amour romantiques !

Et parce que tout cela n'aurait pas été possible sans votre soutien et celui des bénévoles du Moulin à Café, toute l'équipe de SIWOL remercie très chaleureusement toutes les personnes présentes qui ont contribué à faire de cette journée un succès !

dimanche 27 mars 2011

Un événement avec SIWOL


Un très grand merci à Elise, Juliette, Stéphanie et Antoine, étudiants en Techniques de Commercialisation, qui ont organisé pour SIWOL et pour l’orphelinat un événement auprès du Club des retraités du Plessis-Robinson, mercredi 23 juillet.

Les visiteurs, déjà sensibilisés à l’Inde par un voyage au Rajasthan, ont pu écouter et visionner une description très complète de la vie à l’orphelinat –la journée, la nourriture, les volontaires…- qui les a replongé dans leurs souvenirs de l’Inde et qui leur a fait découvrir un nouveau visage de ce pays, loin des clichés.

Puis ils ont pu déguster un délicieux buffet de pâtisseries et boissons indiennes, entièrement préparé par nos étudiants, tout en discutant de l’orphelinat avec eux et avec l’une des membres de SIWOL. Les membres du Club ont beaucoup admiré les portraits des fillettes accrochés au mur, portraits qui rendaient l’orphelinat encore plus présent.

La vidéo de la comédie musicale, réalisée cet été par les fillettes et les volontaires, a clôt l’après-midi.

Nos visiteurs sont repartis enthousiastes : « Qui ne voudrait pas participer, par ce biais, à l’émergence de l’Inde ? » s’est exclamée une jeune retraitée.

dimanche 6 mars 2011



SIWOL
&

 
Le Moulin à Café

 

Ont le plaisir de vous inviter à la

 
Journée indienne
au profit de l'orphelinat
Ingrid Nava Jeevana

 


 
Le samedi 9 avril 2011
De 12h à 22h30

 
Au Moulin à Café
9 Place de la Garenne
Paris, 14ème

 

 

 

 
Venez…

 

  • Vous régaler :
Déjeuner et dîner (plat à 6€ pour les adhérents, 7,50€ pour les non-adhérents)
Thé et sucreries toute la journée

 
  • Vous amuser :
  • Drapage de saris
  • Découverte de l'hindi et du kannada
  • Echanges avec les enfants de l'orphelinat
  • Découverte de senteurs exotiques
  • Diffusion d'un film original

 
  • Vous intéresser :
    Par votre présence, vous contribuerez au succès du projet éducatif et social de Siwol qui soutient un orphelinat de petites filles

     


Pour tout renseignement sur Siwol et l'orphelinat :
Association Siwol, chez Melle Donatienne Ruby
53 avenue de Paris
78000 Versailles
Chloé au 06 21 20 92 97

 
Venez Nombreux !

lundi 14 février 2011

Les devadasis


Le mot « devadasi » revient de façon régulière sur ce blog, et nous ne l’avons jamais vraiment explicité. Sans doute parce que c’est un sujet très controversé, et c’est pourquoi je tiens à préciser que si ce que je vais écrire par la suite s’appuie sur mes lectures, mes rencontres, des discussions avec des personnes mieux informées, mais ne prétend pas être « la vérité » sur ce sujet difficile.

Le terme devadasi provient des mots « deva/i » et « dasi » qui signifient dieu/déesse, et servante en sanskrit. Il s’agissait originellement de danseuses de temples, et elles étaient particulièrement répandues au sud de l’Inde. Leurs origines sont mal connues (et controversées), mais il s’agit d’une pratique ancienne (sans doute dès le VIème siècle, avec une apogée entre le Xème et XVème siècle). Pour certains, ces femmes avaient accès à une éducation particulièrement raffinée, à la haute culture, et jouissaient d’une liberté et d’un statut rare pour les femmes à cette époque. Pour d’autres, cela a toujours été un système masquant l’exploitation sexuelle des femmes, sous prétexte de religion. Ces deux explications sont deux extrêmes d’un statut qui devait certainement varier selon les époques, les régions, et les personnes.
Sauf mention contraire, toutes les photos sont des photos des temples de Kajuraho (Madhya Pradesh)

En revanche, il est certain que dans la période allant de la fin du 19ème siècle à l’indépendance de l’Inde (1947), la situation des devadasis s’est très rapidement détériorée. Plusieurs facteurs et acteurs sont ici à mettre en cause ; les colonisateurs, le mouvement de réforme sociale (puis féministe indien) et enfin le mouvement nationaliste. Tous ces acteurs voyaient les devadasis uniquement à travers le prisme de la prostitution, et ont donc milité, pour son abolition. Si les intentions étaient peut-être bonnes, l’interdiction des devadasis, qui s’est faite sous couvert de la protection des femmes, a en fait détérioré leurs conditions de vie ; stigmatisées comme prostituées, rendues vulnérables par leur illégalité, elles n’avaient souvent plus d’autre choix que la prostitution, et pouvaient être victimes de chantages, d’attaques, etc..

Le système a toutefois perduré. Aujourd’hui, lorsqu’elles ont entre six et dix ans, les filles de devadasis sont consacrées au temple du village, à la déesse Yelamma, lors d’une cérémonie désormais cachée. Les fillettes sont parées de beaux vêtements, couvertes de fleurs avant d’aller au temple où elles seront consacrées ; c'est-à-dire « mariées » à la divinité. A leur puberté, leur virginité est vendue à un homme qui peut éventuellement devenir un client régulier. Ce système a donc abouti à un système de prostitution sous couvert de religiosité; les jeunes filles sont d’ailleurs parfois revendues à des maisons closes opérant dans les grandes villes. La fonction de devadasi est désormais réservée aux femmes intouchables ou de basses castes ; elles vivent souvent à part dans les villages. La contraception étant encore assez peu répandue, elles ont souvent 3 ou 4 enfants, et peuvent par ailleurs contracter des maladies sexuellement transmissibles, notamment le HIV/Sida. Certaines ont encore des fonctions religieuses, mais cela n’est plus central dans leur quotidien.
Ce système se maintient à la fois du fait de la pauvreté, des traditions, et de la religion (une jeune fille qui ne se consacre pas au temple risque de mécontenter la divinité et d’attirer le mauvais sort sur sa famille). Par ailleurs, traditionnellement une fille doit se marier, mais cela est difficile pour une fille de devadasi, qui n’a pas de dot, et souffre d’un stigmate social. Reprendre la profession de sa mère permet à une jeune fille de s’assurer un revenu, tout en étant rituellement « mariée ». Pour les mères, c'est aussi l'assurance que leur fille pourra subvenir à leurs besoins dans leurs vieux jours. Dans les zones rurales où le système persiste, les seuls emplois possibles pour les femmes sont les travaux des champs ; or ceux-ci ne permettent pas de vivre après la moisson, et en raison des sécheresses extrêmes (47°C dans le nord du Karnataka en août 2005), les récoltes sont de moins en moins bonnes. Une partie des devadasis se tourne vers les travaux de construction (elles assistent les hommes sur les chantiers) ou ouvrent de petites échoppes.

Pour finir sur une note plus positive, un certain nombre d’organisations, issues de la société civile, cherchent à venir en aide à ses femmes. Les urgences sont bien sûr la santé et l’économie, toutefois, beaucoup de ces organisations sont aussi conscientes de la nécessité de revaloriser ces femmes sur le plan social et culturel, de leur donner accès à l’éducation, notamment pour les filles de devadasis. C’est ce à quoi s’attache l’orphelinat Ingrid Neeva Jeevana, qui accueille les filles de famille de devadasis (il faut toutefois noter que toutes les filles ne viennent pas de telles famille), et en leur donnant une éducation, en les intégrant pleinement à la vie de la ville, leur donne l’opportunité d’avoir un vrai futur.


Sculptures dans un temple d'Udaipur (Rajasthan)